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La maquette n'est plus le livrable

Six studios de design d'interface ont réorganisé leur production en dix-huit mois. Ce qu'ils vendent aujourd'hui tient davantage de la décision que du fichier.

Rania BouabdallahUniversité Paris-Saclay29 juillet 20261 min de lecture
Poste de travail vu de dessus : écran, clavier et feuilles imprimées.

Ce que le studio vendait

Pendant vingt ans, le studio de design d'interface a vendu un objet identifiable : un jeu de maquettes, livré, validé, facturé. Cet objet servait à la fois de preuve de travail et de support de négociation. Il commence à perdre les deux fonctions.

Nous avons suivi six studios entre janvier 2025 et mai 2026, en observant leurs livraisons et en relisant leurs contrats. Dans cinq cas sur six, la maquette figure encore au contrat mais n'est plus le point de discussion avec le client.

Le fichier n'est plus rare

La valeur d'un livrable tient en partie à sa rareté. Quand produire trente variantes d'un écran demande une journée, la variante ne prouve plus rien. Les studios que nous avons observés ont réagi en déplaçant leur promesse : ils ne vendent plus la production d'écrans, ils vendent la réduction du champ des possibles.

On nous paye pour dire non à vingt-huit versions sur trente. Le client sait faire les trente. Il ne sait pas en garder deux.

Cofondateur d'un studio de six personnes, Bruxelles

Des contrats qui suivent mal

Les documents contractuels restent en retard sur cette évolution. Ils décrivent des livrables numériques, des cycles de validation, un nombre d'allers-retours. Quand la valeur se loge dans la décision, ces clauses deviennent difficiles à opposer en cas de litige.

Deux studios ont réécrit leurs conditions pour y inscrire des séances de décision facturées à part. C'est un ajustement local, dont nous ne savons pas encore s'il se diffusera. Il indique néanmoins que la question est posée dans les termes du droit du contrat, et pas seulement dans ceux de l'organisation du travail.

Écrit par Rania Bouabdallah

Thèse soutenue en 2021 sur la recomposition des métiers du graphisme dans les agences indépendantes. Enquête depuis six ans dans les studios de design, principalement à Lyon, Nantes et Bruxelles. Enseigne la sociologie des professions en master.

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