La maquette n'est plus le livrable
Six studios de design d'interface ont réorganisé leur production en dix-huit mois. Ce qu'ils vendent aujourd'hui tient davantage de la décision que du fichier.

Ce que le studio vendait
Pendant vingt ans, le studio de design d'interface a vendu un objet identifiable : un jeu de maquettes, livré, validé, facturé. Cet objet servait à la fois de preuve de travail et de support de négociation. Il commence à perdre les deux fonctions.
Nous avons suivi six studios entre janvier 2025 et mai 2026, en observant leurs livraisons et en relisant leurs contrats. Dans cinq cas sur six, la maquette figure encore au contrat mais n'est plus le point de discussion avec le client.
Le fichier n'est plus rare
La valeur d'un livrable tient en partie à sa rareté. Quand produire trente variantes d'un écran demande une journée, la variante ne prouve plus rien. Les studios que nous avons observés ont réagi en déplaçant leur promesse : ils ne vendent plus la production d'écrans, ils vendent la réduction du champ des possibles.
On nous paye pour dire non à vingt-huit versions sur trente. Le client sait faire les trente. Il ne sait pas en garder deux.
Des contrats qui suivent mal
Les documents contractuels restent en retard sur cette évolution. Ils décrivent des livrables numériques, des cycles de validation, un nombre d'allers-retours. Quand la valeur se loge dans la décision, ces clauses deviennent difficiles à opposer en cas de litige.
Deux studios ont réécrit leurs conditions pour y inscrire des séances de décision facturées à part. C'est un ajustement local, dont nous ne savons pas encore s'il se diffusera. Il indique néanmoins que la question est posée dans les termes du droit du contrat, et pas seulement dans ceux de l'organisation du travail.
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